18 avril 2008

Page à page

J’ai commencé un cahier. Un cahier vert avec des oiseaux tropicaux, « notou des îles » et « petit zosterops de Lifou ». Je commence souvent des cahiers pour des raisons stupides. Cette fois, c’est une sorte de registre de livres lus. Parce que j’oublie ce que j’ai lu, parce que je n’ai pas forcément le souvenir de tout ce qui m’est passé entre les mains.


Promenons-nous donc dans ces pages tournées au cours des derniers mois. Pour le cours de littérature de l’IUT, Echenoz, Le Clézio, Vargas ; avant eux, Gide, Céline et Sarraute. Comme ils sont tous archiblogués, je me dispenserai de les évoquer. Sauf, peut-être, pour Raga de Le Clézio. Texte outremer consacré à ce « continent invisible » qu’est l’Océanie. Une chronique de l’outrepage, en quelque sorte. Dommage seulement qu’un si grand auteur fût tombé dans les affres de l’idylle exotique. Mais il tombe bien, c’est tout de même Le Clézio ! Côté polar, grâce à Pitou, découverte d’Andrea Camilleri et de sa Voix du violon. Bien mené mais je lui préfère de loin l’Intrigue à l’Anglaise d’Adrien Goetz, où les fils de l’intrigue ne sont plus tissés, mais brodés, et au point de Bayeux s’il vous plaît. Au moment du salon du livre, après avoir croisé les yeux lagon d’Olivier Adam, achat de La cinquième saison. Texte à cinq mains : Adam, Cathrine, Lambert, Desarthe, Brisac. Très appréciable dès lors que l’on reste adulescent. Lu Je suis la honte de la famille d’Arnaud Cathrine dans la foulée. Un week-end pluvieux, Contretemps de Fabrice Lardreaux pour faire face à cette météo nébuleuse. Puis petit tour de l’autre côté des Pyrénées avec Eduardo Mendoza, Mauricio o las elecciones primarias, un roman dans la Barcelone des Jeux Olympiques de 1992. Après une fugue dans le Sud-Ouest pour aller écouter Alberto Manguel, commencé La Bibliothèque, la nuit. Curieusement lâché en route. Art de Yasmina Reza pour se prélasser, Un jeu d’enfants la philosophie de Raphaël Enthoven dans un instant de faiblesse. Découverte et rencontre de Carlos Liscano. Quelques classiques, vraiment très classiques, un bonheur… Ensuite la lecture pesante de Kertesz, suite à des conseils appuyés. Un petit tour en poésie avec Lettera amorosa de Char, illsutré par Braque. Una belleza, prolongée par la jolie expo de la BnF. Enfin, LA grande découverte de cette année d’effeuillage, Neige d’Orhan Pamuk. Pas retrouvé ce souffle depuis les grands romans du 19e. Ca vous résiste au début, ça vous emporte ensuite, ça ne vous lâche plus bientôt. Intrigue magistrale, style symphonique, du suspense, de l’amour, de la vie. Une joie de lecture, de surcroît en communion.


Dans un TER presque vide la veille de Pentecôte, il fait froid, humide. La moiteur fraîche du wagon passe vite au travers de l’imperméable. On a beau se blottir dans son siège, rien n’y fait. Monte soudain un couple. Je les prends pour des amants, ce ne sont que des amis. S’installent, je plonge dans le journal. Je relève pourtant un œil, surprise de l’agitation. Il cherche. Dans le sac à dos informe, dans son vieux bagage. J’entends à peine ces explications. Je reviens à la chronique Société du journal. « Pamuk ! », ça sonne comme une alarme, je suis prête à évacuer la presse, je suis tout ouïe. « Orhan Pamuk, lui dit-il. Et tu sais qu’il est prix Nobel de littérature ». Sort plusieurs livres de l’étui à guitare. Mauvaise pioche. « Si je ne le trouve pas, je lirai autre chose ». Fouille encore dans le sac et en retire Neige. Même édition que celle que je lis. J’en suis au quart, lui à la moitié. S’affale pour mieux lire sous mon regard incrédule. Une fois évacuées les infos, je délaisse le journal pour mon Neige à moi. Je lis doucement en le surveillant. Au bout de quelques pages, ça ne manque pas : « Elle lit le même livre que moi ! » Je le regarde, on se sourit avant de lire, encore. Quand je descends, on se salue, complices, grisés par cette littéraire adéquation.


C’est beau de lire ensemble.

3 commentaires:

Laurence a dit…

Voilà qui donne furieusement envie de lire.

LN a dit…

Tout à fait d'accord, tu écris toujours aussi bien....
Sauf que je ne dirais pas qu'on avait des "cours" de littérature à l'IUT....

Liberlibri a dit…

Merci vous 2 :-)